Texte Mauritanie
Carnet de route
Janvier 2005
Avec Françoise nous avons trouvé un guide sur place avec qui nous avons correspondu par mail vu que les essais de communication téléphoniques de Paris à là bas se limitaient par des “Allo?” “Quoi?”noyés dans les rires. Didi est venu nous récupérer à l’aéroport d’Atar. Première étape : récupérer nos sacs parmi la foule hystérique des français en groupe. Au bout du hall les guides nous attendent. Une multitude de tuniques bleues portant le cheich avec grâce et des lunettes de soleil dernier cri. Chaque groupe part comme hypnotisé derrière le sien. Didi, cheich noir et petite barbe, nous accueille tout sourire. Première escale sous la tente de sa famille. Sa mère nous reçoit dans la petite épicerie qui fait partie de la maison tente. Les mauritaniens vivent sous la tente même en ville et même s’il s’agit d’une maison, c’est quand même une tente. On se déchausse et on s’assoit par terre sur des tapis et la première chose qui arrive c’est le thé bouillant avec les dattes et les petits gâteaux secs au sable. Il est amer et accompagne tous les moments d’échange ou de silence. Après on ne se demande plus ce qui va se passer parce que tout arrive plus tard. Le temps s’étire sur les tapis et passe doucement d’une pièce à l’autre.
Dans un coin de la tente où nous prenons le thé, un jeune homme range en silence des boites de conserve dans des cartons. C’est Mahmoud le cuisinier qui va nous accompagner. Il est timide et ne parle pas français. On se regarde du bout des yeux. Avec Didi on avait convenu de faire un petit circuit qui nous amènerait au bord de la mer et ensuite dans le désert. Ce qui nous a conduit aux portes de Nouakchott, la capitale immergée dans le sable et les pièces de rechanges inusables pour les voitures, entres autres. Les voitures : des Renault 19 toutes cabossées. Plein de Renault 19 usées jusqu’à l’os. Pas de voitures neuves dans les rues exceptées les mercedes rutilantes qui surgissent de nulle part pour disparaitre tout aussi mystérieusement.
Pendant neuf jours on était avec eux, Didi et Mahmoud. On partageait les repas, on dormait sous la tente, on visitait la famille et on suscitait chez les femmes beaucoup d’étonnement et de questions: “Comment vous n’êtes pas mariées? Et vous n’avez pas d’enfants?” énigme insoluble et énervante pour la plupart d’entres elles.
On a beaucoup roulé l’esprit avalé par ces étendues plates, blanches, grises, ocre, avec des tentes et des huttes que l’on croise en se demandant comment les gens font pour y vivre car apparemment rien ne pousse en dehors des oasis. Et où est l’eau? Didi me dit que des camions citernes la livrent régulièrement. Il y a aussi le lait de chamelle qui accueille tout visiteur de passage et passe de main en main dans un bol de terre cuite.
Les chameaux (dromadaires) sauvages sont partout et eux aussi on se demande comment ils font pour se mettre quelque chose dans le ventre vu qu’ils ne mangent que des arbustes couverts d’épines et qu’ils ne boivent jamais rien ou en cachette. Les chameaux la nuit dans le désert sont menottés aux pieds. On leur met une entrave en corde pour les empêcher de fuir pour bouffer autre chose qu’un buisson d’épines. Mais ils font quand même plein de kilomètres et le matin il faut aller les chercher. Mahmoud souvent s’en charge avec le sourire et sa silhouette gracieuse, le fume cigarette mauritanien à la main
On arrive de nuit à Chinguetti, je ne vois pas la route. Je demande à Didi s’il voit quelque chose puisqu’il conduit sans phares (me disant qu’il se moque de moi c’est pas possible!) et il me répond que tous les mauritaniens voient dans la nuit et rigole. Peut être que tous ceux qui vivent sans électricité ont des yeux de chat? Le désert de Chinguetti est silencieux et propre sous la lune.
Au matin les piles électriques et les bouteilles en plastique parsèment le sable tout autour des maisons.
Chinguetti c’est l’entrée du désert. Devant nous, alors que nous partons fièrement avec nos dromadaires chargés comme des bourriques, des dunes à perte de vue, une planète de sable.
Mahmoud n’avait jamais quitté son village dans les dunes que pour la ville de Chinguetti. Quand au début de notre voyage on est arrivé sur la côte, il a vu la mer pour la première fois de sa vie. Comme il était parti sans affaires, avec juste un petit pull sans manches et un jean violet tout neuf que Didi venait de lui acheter, il a gardé ma veste pour supporter les nuits. A la fin des neuf jours il est reparti dans son village avec les trois chameaux vaisseaux de notre désert pour rejoindre la jeune fille avec laquelle il allait se marier et dont il nous a tu le nom par pudeur et par respect pour son ainé.
Laurence Ketterer