Texte Un Algeco pour vivre
Un Algeco pour vivre.
Texte et photos Laurence Ketterer, Février 2003
Coincées entre Meudon et Issy les Moulineaux, onze baraques de chantier de 12 m² abritent depuis plus de six ans des familles de Zaïrois.
Visibles mais invisibles pour la plupart, ce sont des algecos transformés en habitat et formant comme un camp retranché.
Entourés de grillage vert, disposant de boites aux lettres, d’un gardien, de poubelles et d’une adresse en bonne et due forme, ils ont été baptisés« Bungalows » par la mairie d’Issy.
Parmi eux certains sont sans Papiers et travaillent au noir, les autres ont leur carte de résident. La situation prévue pour six mois s’éternise, ponctuée de promesses de relogement non tenues par la mairie et le gouvernement.
Au départ, le plus grand nombre payaient un loyer à un faux propriétaire dans un immeuble au 311 quai de Stalingrad devenu insalubre. Certains ont vécu dix ans dans cet immeuble. L’eau coulait du premier au rez de chaussée. Les installations électriques étaient pourries. Les deux dernières années il n’y avait plus d’eau et les occupants sont devenus des squatters.
La secrétaire de monsieur Pasqua, Président du conseil général des hauts de seine, était présente lors de l’entrée dans les bungalows. Elle a dit aux anciens squatters « vous n’en avez pas pour longtemps, c’est pour six mois.” La promesse de quittances de loyer en bonne et due forme a rassuré les personnes possédant leurs papiers. Mais quand ont été posés les bungalows, deux jours avant l’évacuation du 311, quelques femmes assistant à la manœuvre ont été étonnées de constater qu’il n’y avait pas de chambres.
Guy, père de trois enfants, vivant au numéro 2, constate la répercussion psychologique de la situation sur les enfants. Ils ne peuvent pas aller dormir tranquillement, du coup le travail en classe s’en ressent. Il n’est pas question pour lui d’accepter un relogement en dehors de la ville car les enfants sont nés ici, ils participent à des activités sportives. Issy c’est un village. Ils ont leurs repères ici. Pour une famille c’est invivable. Il n’y a pas de place pour une machine à laver ni un congélateur. Sans parler des problèmes d’humidité et d’électricité dus à la condensation toujours présente sur les murs en tôle plastifiée des algécos.
Au numéro trois vit la famille de Kanga M’PONGO.
Eux sont presque des privilégiés puisqu’ils ont deux bungalows reliés par un petit couloir. Deux parents et six enfants, sans compter les personnes de passage, se partagent 25 mètres carrés. La mère, Mayola, est aide soignante à l’hôpital d’Issy. Lui travaille à l’imprimerie du nouvel observateur. Les deux aînées, Lady et Christelle ne sont là que le week-end et se plaignent de l’ambiance bruyante qui règne en permanence. « Les autres, les renois, les autres zaïrois, y sont trop dans l’ambiance du zaïre. Ils n’ont pas compris qu’on avait changé de pays. Mon père ne veut pas quitter ce milieu zaïrois. Ma mère le voudrait. Des fois il y a de la musique jusqu’à deux heures du mat. On n’a pas assez de place et d’intimité. C’est la honte de vivre dans un endroit comme çà, on ne reçoit pas nos amis ici. »
Je suis retournée sur le site en mars 2005. Guy est parti, son bungalow a disparu, comme volatilisé. Seul le sol en garde les traces. Les autres sont toujours là et se plaignent des rats, du bruit, de la saleté.